Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/243

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autres parties de la nation, en se regardant comme le grand moteur de l’histoire, en subordonnant toute considération sociale à celle du combat ; — il a le sentiment très net de la gloire qui doit s’attacher à son rôle historique et de l’héroïsme de son attitude militante ; — il aspire à l’épreuve décisive dans laquelle il donnera toute la mesure de sa valeur. Ne poursuivant point une conquête, il n’a point à faire des plans pour utiliser ses victoires : il compte expulser les capitalistes du domaine productif et reprendre ensuite sa place dans l’atelier créé par le capitalisme.

Cette grève générale marque, d’une manière très claire, son indifférence pour les profits matériels de la conquête, en affirmant qu’elle se propose de supprimer l’État ; l’État a été, en effet, l’organisateur de la guerre de conquête, le dispensateur de ses fruits, et la raison d’être des groupes dominateurs qui profitent de toutes les entreprises dont l’ensemble de la société supporte les charges.

Les politiciens se placent à l’autre point de vue ; ils raisonnent sur les conflits sociaux exactement de la même manière que les diplomates raisonnent sur les affaires internationales ; tout l’appareil proprement guerrier des conflits ne les intéresse que médiocrement ; ils ne voient dans les combattants que des instruments. Le prolétariat est leur armée, qu’ils aiment de l’amour qu’un administrateur colonial peut avoir pour les bandes qui lui permettent de soumettre beaucoup de nègres à ses caprices ; ils s’occupent de l’entraîner, parce qu’ils sont pressés de gagner bien vite les grandes batailles qui doivent leur livrer l’État ; ils entretiennent l’ardeur de leurs hommes, comme on a toujours entretenu l’ardeur