Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/279

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rent plus aussi facilement à subir des exigences qui avaient jadis paru avoir peu d’importance par rapport aux avantages du compagnonnage. La lutte pour le travail mit plus d’une fois en présence aspirants et compagnons qui voulaient se réserver des privilèges[1]. On pourrait trouver encore d’autres raisons pour expliquer le déclin d’une institution qui, tout en rendant de sérieux services, avait beaucoup contribué à maintenir l’idée de brutalité[2].

Tout le monde estime que la disparition de ces anciennes brutalités est chose excellente ; de cette opinion il était trop facile de passer à l’idée que toute violence est un mal, pour que ce pas ne fût point franchi ; et, en effet, la masse des gens, qui sont habitués à ne pas penser, est parvenue à cette conclusion, qui est acceptée aujourd’hui comme un dogme par le troupeau bêlant des moralistes. Ils ne se sont pas demandé ce qu’il y a de répréhensible dans la brutalité.

Quand on ne veut pas se contenter de la niaiserie vulgaire, on s’aperçoit que nos idées sur la disparition de la violence dépendent bien plus d’une transformation très

  1. En 1823, les compagnons menuisiers prétendent se réserver La Rochelle, qu’ils avaient abandonnée longtemps comme trop peu importante ; ils ne s’arrêtaient qu’à Nantes et Bordeaux (Martin Saint-Léon, op. cit., p. 103). — L’union des travailleurs du Tour de France se forma en rivalité avec le compagnonnage, de 1830 à 1832. à la suite de relus opposés à quelques demandes assez anodines de réformes présentées par les aspirants (pp. 108-116, 126-131).
  2. Cf. mon article sur le compagnonnage dans les Études socialistes (Jacques, éditeur : 1903.)