Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/337

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Il avait peur du socialisme et il n’est pas douteux qu’il entendait par socialisme la niaiserie humanitaire qu’il voyait paraître dans le monde des bourgeois stupides ; c’est ainsi qu’il a supposé que le catholicisme serait peut-être le complice du socialisme[1].


Dans la même page, il nous parle des scissions qui peuvent exister dans une société, et ceci a une importance considérable : « La Judée et le monde gréco-romain étaient comme deux univers roulant l’un à côté de l’autre sous des influences opposées… L’histoire de l’humanité n’est nullement synchronique en ses diverses parties. Tremblons. En ce moment peut-être la religion de l’avenir se fait… sans nous. Oh ! Le sage Kimri qui voyait sous terre ! C’est là que tout se prépare, c’est là qu’il faudrait voir. » Ces paroles ne peuvent déplaire aux théoriciens de la lutte de classe ; j’y trouve le commentaire de ce que Renan dira un peu plus tard, au sujet de la « source des forces vives remontant à la surface » : la rénovation se ferait par une classe qui travaille souterrainement et qui se sépare du monde moderne comme le judaïsme se séparait du monde antique.

Quoi qu’en pensent les sociologues officiels, les classes inférieures ne sont nullement condamnées à vivre des ragots que leur abandonnent les classes supérieures ; nous sommes heureux de voir Renan protester contre cette doctrine imbécile. Le syndicalisme a la prétention de se créer une idéologie vraiment prolétarienne ; et, quoi qu’en disent les savants de la bourgeoisie, l’expé-

  1. Renan, loc. cit., p. 420.