Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/386

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nable, et ainsi parvenir à la science du monde extérieur. Les autres sont préoccupés des convictions personnelles ; ils ont une confiance absolue dans les décisions de leur conscience ; ils veulent faire partager, à ceux dont ils peuvent se faire écouter, leur manière de concevoir le monde ; mais ils n’ont aucune preuve scientifique à faire valoir.

Bien distinguer ces deux tendances devrait être l’objectif le plus Important à proposer à la philosophie ; il ne semble pas que cette entreprise soit fort difficile à la condition qu’on corrige la conception que j’ai nommée scolastique, pour tenir compte de l’état actuel de la physique. Il ne faut pas dire que celle-ci part du témoignage des sens, mais qu’elle est fondée sur le fonctionnement de ces mécanismes à marcbe précise qu’emploie l’expérimentation moderne. La philosophie a été malheureusement fort égarée par la préoccupation protestante de cette expérience religieuse qui, d’après la Réforme, devrait se produire dans la vie journalière de tous les chrétiens mis en présence de la Bible et leur procurer une connaissance infaillible. La philosophie a ainsi fermé les yeux sur les méthodes que suivaient les expérimentateurs ; elle s’est attachée à raisonner sur la signification humaine de la science et elle a cru qu’elle pouvait concilier de telles théories avec la certitude, tout en n’admettant plus la théorie des espèces impresses[1]. La philosophie entreprenait de résoudre un problème absurde.

  1. Cette théorie se rattache probablement aux idées du droit le plus antique ; les scolastiques disaient que la chose perçue met sur le sens une empreinte analogue à celle qu'un