Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/387

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Les difficultés souvent énormes que présente la doctrine de Kant, proviennent de ce que les deux tendances y sont mêlées d’une manière particulièrement compliquée. Les écrivains catholiques reprochent, sans cesse, à Kant d’avoir enseigné un subjectivisme qui peut conduire facilement au scepticisme ; il ne croyait point mériter une telle critique, habitué qu’il était à admettre que l’expérience religieuse nous fournit toute l’expression de la vérité compatible avec notre faiblesse humaine.

Les fameuses antinomies de la raison s’expliquent, avec une grande facilité, quand on les rattache aux tendances que j’ai indiquées. Si on modifie légèrement leurs énoncés, on trouve, en effet, deux conceptions opposées du monde, dont l’une est suggérée par la physique mathématique, et dont l’autre dérive de la méditation chrétienne. D’un côté on dit : les choses dont s’occupe la science[1] sont enfermées dans des limites ; on ne saurait leur assigner un commencement dans le temps ; elles sont divisibles à l’infini ; leurs changements sont soumis au déterminisme ; il n’y a point d’être nécessaire ; de l’autre côté on dit : ce qui est matériel n’a point de limites essentielles et peut toujours être ainsi augmenté ou diminué ; le monde a été créé ; les véritables réalités

    cachet met dans la cire ; l’essence de cette chose demeure ensuite présente dans toutes les opérations psychologiques de la connaissance, comme la personne juridique d’un contractant demeure présente dans toutes les procédures où intervient le contrat qu’il a scellé.

  1. Kant suppose que la science s’occupe de tout ce qui s’observe.