Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/45

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Nous sommes tous si fortement intéressés à savoir ce que le monde pensera de nous, que nous évoquons dans notre esprit, un peu plus tôt, un peu plus tard, des considérations analogues à celles dont parlent les moralistes ; de là résulte que ceux-ci ont pu s’imaginer qu’ils avaient vraiment fait appel à l’expérience, pour découvrir ce qui existe au fond de la conscience créatrice, alors qu’ils avaient seulement regardé d’un point de vue social des actes accomplis.

Bergson nous invite, au contraire, à nous occuper du dedans et de ce qui s’y passe pendant le mouvement créateur : « Il y aurait deux moi différents, dit-il, dont l’un serait comme la projection extérieure de l’autre, sa représentation spatiale et pour ainsi dire sociale. Nous atteignons le premier par une réflexion approfondie, qui nous fait saisir nos états internes comme des êtres vivants, sans cesse en voie de formation, comme des états réfractaires à la mesure… Mais les moments où nous nous ressaisissons nous-mêmes sont rares, et c’est pourquoi nous sommes rarement libres. La plupart du temps, nous vivons extérieurement à nous-mêmes ; nous n’apercevons

    américaines furent connues en Europe par deux traductions françaises, en 1778 et on 1789. Kant a publié les Fondements de la métaphysique des mœurs en 1785 et la Critique de la raison pratique en 1788. — On pourrait dire que le système utilitaire des anciens offre des analogies avec l’économie, celui des théologiens avec le droit et celui de Kant avec la théorie politique de la démocratie naissante. (Cf. Jellinek, La déclaration des droits, de l’homme et du citoyen. pp. 18-25 ; pp. 49-50, p. 89.)