Page:Soupé - Études sur la littérature sanscrite.djvu/352

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


344 ÉTUDES SUR LÀ LITTÉRATURE SANSCRITE.

science et de la sagesse, assez semblable à l'Esculape et au Mercure gréco-latins, et que l'on représentait avec une tête et une trompe d'éléphant. 11 débute également par une invo- cation à Saraswati, à la fois fille et femme de Brâhma, cette Mnémosyne ou cette Minerve de l'Olympe hindou, à laquelle on attribuait l'invention des lettres, des arts, du luth, de la langue sanscrite et de l'alphabet dêvanagâri : « Puisse, dit le rhéteur-poète, cette déesse de l'éloquence, dont l'éclat est aussi pur que celui de la lune en automne, écarter les té- nèbres qui m'environnent et rendre tous les objets clairs pour mon esprit ! » Il établit tout d'abord que les fruits de la poésie sont au nombre de quatre : le succès, la fortune, le plaisir et le salut final. Les trois premiers points lui semblent évidents; quant au quatrième, il s'agit de cette délivrance de l'àme, appelée nirvana, que promettent comme récom- pense à leurs sectateurs plusieurs écoles religieuses et phi- losophiques de l'Inde, et par laquelle, pour échapper à la triste nécessité de recommencer l'existence terrestre, on es- pérait s'absorber soit dans le sein de Dieu, soit dans l'abîme du néant. Pour ce qui est de l'influence du talent sur le bon- heur, ne lit-on pas dans les Védas cet étrange aphorisme? « Un seul mot, employé avec justesse et parfaitement com- pris, équivaut, au ciel comme sur la terre, à la possession de Kâmadhuka ; » c'est-à-dire de cette génisse merveilleuse des légendes brahmaniques, qu'il suffisait de traire pour en ob- tenir tout ce qu'on désirait. On se croirait là reporté en Oc- cident vers notre XIII e siècle, quand la grammaire et la dia- lectique conféraient à ceux qui les cultivaient une espèce de sacerdoce. Rien, si l'on en croyait les docteurs hindous, n'était plus profitable, pour l'amélioration morale de l'homme et le rachat suprême de son âme, que la lecture des princi- paux poëmes sacrés, tels que la Bhâgavad-Gîtâ, ce célèbre fragment du Mahâbhârata, où Vyâsa avait montré le brave Ardjouna, un des cinq fils de Pandou, et le divin Wishnou, sous les traits de Krishna, s'entretenant ensemble avec une

�� �