Page:Souza - Où nous en sommes, 1906.djvu/90

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respect des maîtres ne peut être mis en doute, mais qu’on ne vit jamais une génération plus fidèle exécutrice des souhaits de son aînée…

D’où vint donc l’acrimonie des maîtres et que Banville après avoir écrit : « Lorsque Hugo eut affranchi le vers, on devait droire qu’instruits à son exemple les poètes venus après lui voudraient être libres et ne relever que d’eux-mêmes », Banville nous traita, comme les autres, en fils dégénérés ? C’est que malgré cette liberté réclamée, les maîtres n’admettaient guère qu’on en profitât vraiment. Hugo devait rester tabou.

On se révolta. On s’indigna d’un culte catapulte qui nous écrasait aux abords du temple hugotique comme dans les douves d’une forteresse. Et cependant il n’y avait pas eu de jeunesse plus tremblante que la nôtre à l’approche du dieu, A cinquante ans de distance, c’est un symboliste qui, à côté de l’hommage le plus touchant des premiers disciples, élève symétriquement son hommage.

Qu’on lise ce récit d’une visite à Hugo de M. Stuart Merrill :

« Arrivés au petit hôtel de l’avenue d’Eylau, nous dûmes supplier Guillaumet de tirer la sonnette, car l’émotion nous coupait les bras, et d’entamer les pourparlers, car elle nous étranglait la voix. Une servante nous répondit qu’elle ne savait si monsieur Victor Hugo était chez lui (ce « monsieur » sonnait étrangement à nos oreilles) et nous pria d’attendre dans le salon de l’entresol. Guillaumet nous quitta pour aller voir son ami Georges à l’étage supérieur.

« Ce salon était-il tendu de rouge, de bleu, de rose ou de vert ? Avait-il deux ou trois fenêtres, une ou deux portes ? Son ameublement était-il Henri IV, Louis XVI ou Empire ?Je l’ignore, n’ayant pu détacher mes regards d’une table ronde où était posé le Tombeau de