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sût comment ; le soir venu, toute l’armée des chèvres redescendit en se précipitant du pâturage, suivie de son général aux sourcils froncés et à la mine courroucée.

— Bonne nuit, Pierre ! lui cria Heidi quand elle vit qu’il n’avait pas l’intention de faire halte.

— Bonne nuit, Pierre ! cria à son tour Clara.

Il ne répondit à aucune de ces salutations et chassa ses bêtes dans le sentier en faisant entendre une sorte de sourd grognement.

En voyant le Vieux conduire à l’étable ses deux chèvres si proprettes pour les traire, Clara ressentit tout à coup un tel désir de boire de nouveau ce bon lait parfumé, qu’elle put à peine attendre le retour du grand-père. Elle-même en était tout étonnée.

— C’est pourtant curieux, Heidi, dit-elle ; avant de venir ici je n’ai jamais mangé que parce qu’il le fallait, et tout ce qu’on me donnait avait le goût d’huile de foie de morue. Je me suis bien dit au moins mille fois : si seulement on n’était pas obligé de manger ! Et à présent je ne peux presque plus attendre notre lait !

— Oui, je sais bien comment c’est, répliqua Heidi