Page:Spyri - Encore Heidi, 1882.pdf/209

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tu le savais bien, et tu savais aussi que tu méritais une punition, et pour éviter cette punition tu as dû te donner toute la peine du monde pour que personne ne s’aperçût de ce que tu avais fait. Mais, vois-tu, celui qui fait le mal et qui croit que personne ne le sait se trompe tout à fait. Le bon Dieu, lui, voit et entend tout, et quand il s’aperçoit que quelqu’un cherche à cacher une mauvaise action, il réveille dans son cœur la petite sentinelle qu’il a mise là dès sa naissance et qui dort jusqu’au jour où cet homme fait le mal. La petite sentinelle a à la main un aiguillon avec lequel elle pique sans cesse le cœur de celui qui a mal fait, et il n’a plus un instant de paix. Sa voix aussi tourmente le méchant en lui répétant toujours et toujours : « On va le découvrir ! tu vas être puni ! » Et le méchant vit ainsi dans la crainte et l’angoisse, et il ne peut plus jamais être joyeux, plus jamais ! N’est-ce pas ce qui t’est arrivé cette fois, Pierre ?

Pierre, écrasé par ces paroles, fit un signe affirmatif, mais de l’air d’un connaisseur, car c’était exactement comme cela que les choses s’étaient passées pour lui.