Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/168

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faite, au fond de laquelle on entrevoyait cette fermeté que donne le désespoir : « Mon cousin a de l’originalité dans le caractère ; son bonheur exige, et peut-être le mien, ajouta-t-elle en rougissant beaucoup, que jamais mon adorable maman ne lui parle d’un projet que lui a inspiré son extrême prévention en ma faveur ». Madame de Malivert affecta d’accorder avec beaucoup de peine son consentement à ce qu’on lui demandait. Je puis mourir plus tôt que je ne le pense, disait-elle à Armance, et alors mon fils n’obtiendra pas la seule femme au monde qui puisse adoucir le malheur de son caractère. Je suis sûre que c’est la raison d’argent qui te décide, disait-elle, en d’autres moments ; Octave, qui a sans cesse quelque confidence à te faire, n’a pas été dupe au point de ne pas t’avouer ce dont je suis sûre, c’est qu’il t’aime avec toute la passion dont il est capable, et c’est beaucoup dire, mon enfant. Si certains moments d’exaltation, qui deviennent plus rares tous les jours, peuvent donner lieu à quelques objections contre le caractère du mari que je t’offre, tu auras la douceur d’être aimée comme peu de femmes le sont aujourd’hui. Dans les temps orageux qui peuvent survenir, la fermeté de caractère chez un homme sera une grande probabilité de bonheur pour sa famille.

Tu sais toi-même, mon Armance, que les obstacles extérieurs qui écrasent les hommes vulgaires ne sont rien pour Octave. Si son âme est paisible, le monde entier ligué contre lui ne lui donnerait pas un quart d’heure de tristesse. Or, je suis certaine que la paix de son âme dépend de ton consentement. Juge toi-même de l’ardeur avec laquelle je dois le solliciter, ; de toi dépend le bonheur de mon fils. Depuis quatre ans je pense jour et nuit au moyen de l’assurer, je n’avais pu le découvrir : enfin il t’a aimée. Quant à moi, je serai la victime de ta délicatesse excessive. Tu ne veux pas encourir le blâme d’épouser un mari beaucoup plus riche que toi, et je