Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/290

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Ils furent secondés par une centaine d’hommes supérieurs : les Prieur, les Pétiet, les Daru, les Crétel, les Defermon, les Merlin.

Des milliers de Français, en 1789, aimaient la patrie avec enthousiasme. Qui nous annonce cette réunion de miracles dans une nouvelle lutte avec l’Europe ? La peur des étrangers, qui voient leurs sujets prêts à nous imiter, leur a enseigné à être unis. Sachons donc goûter notre bonheur présent et attendre. L’avenir ne peut que nous être favorable si nous ne le violentons pas. Offrons à tous les tiers-états de l’Europe le spectacle de notre bonheur, et, pour faire éclater cette félicité dans toute sa splendeur, n’ayons pas d’émeutes, et doublons nos richesses.

Le brouillard et le froid pénétrant ont duré jusqu’à l’embouchure de la Vienne. Les bords de la Loire sont monotones, toujours la pâle verdure des saules et des peupliers. Je me disais, pour exciter un peu mon esprit et ne pas trop m’ennuyer, que nous passions vis-à-vis de Chinon, de Richelieu, de Moncontour ; je cherchais à me remplir la tête des souvenirs de l’histoire de France sous les derniers Valois et les deux premiers Bourbons. On m’assurait sur le bateau que la Touraine conserve encore des traces de la corruption morale qu’y a laissée le séjour prolongé de la cour. C’était l’opinion de Paul-Louis Courier (assassiné près des lieux que je parcours).

Mes regards cherchaient avec avidité ces aspects tellement vantés des bords de la Loire ; je ne voyais que de petits peupliers et des saules, pas un arbre de soixante pieds de haut, pas un de ces beaux chênes de la vallée de l’Arno, pas une colline singulière. Des prairies fertiles toujours, et une foule d’îles à fleur d’eau, couvertes d’une forêt de jeunes saules de douze pieds de haut, dont les branches fort minces et pendantes se baignent dans le fleuve. C’est entre ces îles verdoyantes, mais non pittoresques, que le bateau à vapeur cherchait sa route. Nous apercevions assez souvent les tourelles de quelque château de la renaissance, situé à cinq cents pas du fleuve, par exemple le