Page:Stendhal - Molière, Shakspeare, la Comédie et le Rire, 1930, éd. Martineau.djvu/319

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LE RIRE

cet autre homme est assez fort pour nous faire songer, que nous aussi, nous pouvons être malheureux, alors il n’y a plus jouissance de notre supériorité ; il y a, au contraire, vue du malheur pour nous, il n’y a plus rire.

Il faut que le comique soit exposé avec clarté (j’entends par comique ce qui fait rire : un geste, un mot, une grimace) ; il est nécessaire qu’il y ait une vue nette et rapide de notre supériorité sur autrui. Mais cette supériorité est une chose si futile et si facilement anéantie par la moindre réflexion, qu’il faut que la vue nous en soit présentée d’une manière imprévue.

Voici donc deux conditions du comique : la clarté et l’imprévu.

Seule borne du rire : la compassion et l’indignation.

    Beyle, mécontent du chap. II de Racine et Shakspeare, recommença son essai. M. Pierre Martino les a reprises en appendice de Racine et Shakspeare chez Champion. Ses notes érudites m’ont été précieuses.

    Stendhal, on le sait, s’est toujours beaucoup préoccupé du Rire et des sources du comique. Les notes qu’il a amoncelées sur cette question sont fort nombreuses. En plus des chapitres réunis ici on consultera avec fruit sur ce même sujet : Racine et Shakspeare (éd. du Divan, ch. II, p. 27), et l’Histoire de la Peinture en Italie (éd. du Divan, tome II, ch. XCVI, pp. 75–79). On trouvera enfin quelques chapitres sur le Rire dans le Traité de l’Art de faire des comédies (voir plus haut dans le présent volume, p. 235), dans le Journal et particulièrement dans le recueil de Pensées et Filosofia nova. N. D. L. É.