Page:Stendhal - Molière, Shakspeare, la Comédie et le Rire, 1930, éd. Martineau.djvu/321

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LE RIRE

ceci que j’écrivais, je vais lui ouvrir, et, lui voyant quelque chose de blanc à la main, je prends cela pour une lettre et je commence le geste de la décacheter.

En réfléchissant attentivement sur ce qui se passe dans moi, quand je ris avec délices, il me semble que j’entrevois deux causes.

Rire ordinaire, ou simple vue imprévue de ma supériorité,

Vue du bonheur, produisant sourire et larmes, quand le bonheur est extrême.

Rire aux larmes, viendrait alors, partie de l’effet physique du mouvement imprimé aux muscles de la face, partie de la vue de l’extrême bonheur.

Le plus petit détail, la plus légère circonstance est décisive, pour faire naître ou empêcher le rire ; rien n’est plus délicat que le rire. L’absence de la moindre condition fait manquer son effet à la chose la plus comique, empêche le rire de naître. Rien n’est plus fragile que cette vue de notre supériorité sur autrui ; souvent cela ne résiste pas au moindre examen.

On ne rit pas :

1º D’un conte fait sans à-propos (qui ne vient pas à propos).

2º D’un conte fait trop souvent.

3º D’un conte fait avec trop de lenteur.

L’improviste est si nécessaire, que, quand