Page:Stendhal - Molière, Shakspeare, la Comédie et le Rire, 1930, éd. Martineau.djvu/323

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LE RIRE

Pour le rire, il y a plusieurs causes ; l’une d’elles, c’est que le récit aide à faire abstraction de ce qui nous aurait fait pitié dans le malheur de celui aux dépens de qui nous rions. Par contre, beaucoup de choses font rire, quand nous les voyons, qui, contées, ne nous arracheraient que cette exclamation : « Cela ne valait pas la peine d’être dit ; » par exemple, les malheurs communs : les chutes dans la boue, les maris surprenant, pour la première fois, une lettre galante de leur fidèle épouse, notre savonnette qui nous échappe et court sous le lit se garnir de poussière, quand nous nous faisons la barbe. Lorsque quelqu’un nous conte de ces petits malheurs-la, nous le taxons d’égotisme.

Un mari anglais (le général lord***), découvrant une lettre d’amour de sa femme ne fait pas rire ; pour lui, c’est une lettre de change de quatre mille livres sterling sur la fortune de l’amant de sa femme.

Le forcement du signe physique du rire ne signifie rien ; c’est comme cet enfant qui, désirant qu’il soit cinq heures, pour avoir son goûter, monte sur une chaise et met l’aiguille de la pendule sur cinq heures.

On pleure par chagrin ; l’oignon, cher à M. de Marcellus[1], fait pleurer.

  1. Le comte de Marcellus avait publié dans les Débats du 1er janvier 1823 une ode à l’ail. N. D. L. É.