Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/97

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et ces rapports annonçaient tous qu’on tramait une conspiration, que des réunions avaient lieu à Paris dans des maisons particulières. Et cependant on ne pouvait obtenir de preuves satisfaisantes. Toute la vigilance d’une police infatigable était mise en défaut. Mes ministres allèrent jusqu’à suspecter le général Moreau. Ils me pressèrent souvent de signer l’ordre de son arrestation ; mais ce général avait alors un si grand nom en France qu’il me semblait qu’il avait tout à perdre et rien à gagner en conspirant contre moi. Je refusai l’ordre de l’arrêter ; je dis au ministre de la police : « Vous m’avez nommé Piehegru, Georges et Moreau ; donnez-moi la preuve que le premier est à Paris et je ferai immédiatement arrêter le dernier. » Une singulière circonstance conduisit à la découverte du complot. Une nuit, comme j’étais agité et sans sommeil, je quittai le lit et me mis à examiner la liste des conspirateurs. Le hasard qui, après tout, gouverne le monde, fit que mon œil s’arrêta au nom d’un chirurgien rentré depuis peu des prisons d’Angleterre. L’âge de cet homme, son éducation, l’expérience qu’il avait des choses de la vie, me portèrent à croire que sa conduite avait un tout autre motif qu’un enthousiasme de jeune homme en faveur des Bourbons.