Page:Stendhal - Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, Lévy, 1854.djvu/164

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centrer notre attention sur les attributs les plus nobles et les plus majestueux de l’être heureux et grand que Dieu vient de créer.

La musique de Haydn s’élève avec une énergie croissante sur chacune de ces premières paroles, et fait une superbe cadence sur roi de la nature. Il est impossible de n’être pas saisi.

La seconde partie de cet air peint la création de la charmante Ève, de cette belle créature qui, en naissant, est tout amour. Cette fin de l’air donne une idée du bonheur d’Adam. C’est, du consentement de tout le monde, le morceau le plus beau de la Création ; et j’ajoute, d’après mes idées, c’est parce que Haydn est rentré dans le domaine des passions, et qu’il a eu à peindre un des plus grands bonheurs que le cœur de l’homme ait jamais senti.

Le troisième morceau de la Création est le plus court. C’est une belle traduction de la partie agréable du poëme de Milton. Haydn peint les transports du premier et du plus innocent des amours, les tendres conversations des premiers époux, et leur reconnaissance pure et exempte de crainte envers le prodige de bonté qui les créa, et qui semble avoir créé pour eux toute la nature. La joie la plus enflammée respire dans chaque mesure de l’allegro. On trouve aussi, dans cette partie, de la dévotion ordinaire mêlée de terreur.

Enfin un chœur en partie fugué et en partie idéal termine cette étonnante production avec le même feu et la même majesté qu’elle avait commencé.

Haydn eut un bonheur rare qui lui permit de faire de la musique vocale. Il pouvait disposer, pour la partie de soprano, d’une des plus belles voix de femme qui existât peut-être alors, celle de mademoiselle Gherard.