Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/146

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Mais elle est en même temps un fidéi-commis que je ne puis aliéner, dont je ne puis me défaire.

Avec le temps le saint-esprit est devenu, à travers mille transformations « l’idée absolue » qui de nouveau s’est fragmentée et résolue en les diverses idées d’amour de l’humanité, de raison, de vertu civique, etc.

Mais puis-je nommer l’idée, ma propriété, quand elle est l’idée de l’humanité, puis-je considérer l’esprit comme vaincu, quand je dois le servir et « me sacrifier » à lui ? C’est seulement après avoir brisé la supériorité, la « divinité » du monde, après en avoir reconnu l’impuissance et la « vanité », que l’antiquité sur son déclin eut conquis le monde en toute propriété.

Il en va de même de l’esprit. Si je le réduis à un fantôme, si sa puissance sur moi n’est plus qu’imaginations, il apparaît alors dépouillé de tout caractère sacré ou divin, et je m’en sers comme on use de la nature, sans scrupule et à plaisir.

« La nature de la chose », « l’idée du rapport » doit me conduire quand je m’occupe de cette chose, quand je forme ce rapport. Comme si l’idée de la chose existait en soi et comme si ce n’était pas plutôt l’idée que l’on empruntait à la chose ! Comme si un rapport que nous consentons n’était pas lui-même unique en raison du caractère un des parties contractantes ! Comme s’il importait de savoir sous quelle rubrique les autres désignent ce rapport ! Mais de même qu’on séparait « l’essence de l’homme » de l’homme réel et que l’on jugeait celui-là d’après celle-là, ainsi l’on sépare encore l’action de l’homme, de l’homme lui-même, et on les évalue suivant « l’humaine valeur. » Ce sont des concepts qui partout décident, ce sont des concepts qui règlent la vie, qui la gouvernent. C’est le monde religieux