Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/160

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le sujet d’un autre, pas même du roi, considéré comme personne, car seule sa qualité de « chef de l’État » nous fait ses sujets. La liberté politique, ce point fondamental du libéralisme, n’est pas autre chose qu’une seconde phase du protestantisme et court parallèlement à la « liberté religieuse[1] ». Faut-il entendre par cette dernière liberté qu’on est libre de toute religion ? Rien moins que cela. On n’est libre que des personnes intermédiaires, des prêtres médiateurs — abolition du « clergé séculier », ainsi — rapport direct et immédiat avec la religion et avec Dieu. Ce n’est que dans l’hypothèse que l’on a une religion, que l’on peut jouir de la liberté religieuse. Liberté religieuse n’est pas absence de religion, mais intériorité de la foi, commerce immédiat avec Dieu. Pour celui qui est libre au sens religieux, la religion est une cause qu’il a à cœur, elle est sa propre cause, elle est pour lui chose grave et sacrée. Ainsi en est-il pour l’homme libre politiquement. L’État est pour lui chose grave et sacrée, il est la cause qu’il a à cœur, sa cause essentielle, sa cause propre.

Liberté politique veut dire que la πολὶς, l’État est libre, liberté religieuse, que la religion est libre, liberté de conscience, que la conscience est libre, et pas du tout que je suis libre de l’État, de la religion, de la conscience, que j’en suis affranchi. Elle ne signifie pas ma liberté, mais la liberté d’une puissance qui me domine et me contraint ; elle signifie qu’un de nos tyrans, État, religion, conscience, est libre. État, religion, conscience, ces despotes me font leur esclave et leur liberté est ma servitude. Il s’ensuit qu’ils obéis-

  1. Louis Blanc dit dans son Histoire de dix ans, p. 138, parlant du temps de la Restauration : « Le protestantisme devint le fond des idées des mœurs ».