Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/66

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différents pour des choses complètement distinctes, de ce que je ne suis pas Esprit et que l’Esprit n’est pas en moi, il résulte tautologiquement cette nécessité que l’Esprit demeure dans l’au-delà, c’est-à-dire est Dieu.

On voit par suite combien la solution que Feuerbach[1] s’efforce de nous donner est purement théologique, c’est-à-dire pleine de la notion du divin. Suivant lui, nous aurions méconnu notre être propre et l’aurions par suite cherché dans l’au-delà, mais nous étant rendu compte que Dieu n’était pas autre chose que notre essence humaine, nous devions de nouveau la reconnaître comme nôtre et la ramener de l’au-delà dans l’ici-bas. Pouvons-nous admettre que « notre être » soit mis en opposition avec nous-mêmes, que nous soyons divisés en deux moi, l’un essentiel, l’autre inessentiel ? Ne retournons-nous pas à cette triste misère de nous voir bannis de nous-mêmes ?

Mais que gagnons—nous donc quand, pour changer, nous faisons passer le divin du dehors au-dedans de nous ? Sommes-nous ce qui est en nous ? Aussi peu que nous sommes ce qui est hors de nous. Je suis aussi peu mon propre cœur que je suis celle que j’aime de cœur, que je suis celle qui est « mon autre moi ». C’est justement parce que nous ne sommes pas l’esprit qui demeure en nous que nous avons dû le placer hors de nous : il n’était pas nous, il ne faisait pas un avec nous, c’est pourquoi nous ne pouvions le penser existant autrement qu’hors de nous, au-delà de nous, dans l’au-delà.

Avec toute l’énergie du désespoir, Feuerbach s’attaque au contenu intégral du christianisme non pour le rejeter, mais pour s’en emparer, pour, en un effort

  1. Essence du Christianisme.