Page:Strauss David - Vie de Jésus, tome 1, Ladrange 1856.djvu/184

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révélé. Or, nous ne trouverons pas conforme à une idée épurée de Dieu, de nous le représenter comme un roi mortel, entouré d’une cour ; et si Olshausen invoque, en faveur de la réalité de ces anges, l’échelle des êtres, qu’on peut raisonnablement admettre[1], il ne justifie pas par là l’opinion juive, mais il y substitue une opinion moderne. On serait ainsi poussé à admettre, par un faux-fuyant, une économie de la part de Dieu, c’est-à-dire qu’il aurait envoyé un des esprits supérieurs avec l’injonction de s’attribuer, conformément aux idées juives, pour obtenir croyance auprès du père de Jean-Baptiste, un rang et un titre qu’il n’avait réellement pas. Mais Zacharie, comme la suite le montre, ne crut pas l’ange, et il ne fut convaincu que par l’événement ; par conséquent toute cette économie aurait été inutile, et elle ne peut donc avoir eu Dieu pour auteur. Venant, en particulier, au nom de l’ange apparu, on a trouvé invraisemblable que les anges eussent justement des noms hébraïques. À la vérité, Olshausen fait remarquer que le nom de Gabriel, pris appellativement dans le sens d’homme de Dieu, désignait avec une parfaite justesse la nature d’un tel être, et que, pouvant se rendre avec cette signification dans toutes les langues, il n’est nullement lié à la langue hébraïque[2] ; mais par là il n’évite pas la difficulté qu’il devait lever, car il prend comme simple appellatif un nom évidemment donné comme nom propre. Il faudrait donc admettre ici une autre économie, à savoir que l’ange, pour se désigner d’après son essence, s’est attribué un nom qu’il ne portait pas réellement ; économie qui est jugée avec la précédente.

Ce ne sont pas seulement le nom et le rang supposé de l’ange, mais encore ce sont ses discours et sa conduite qui ont blessé la raison. À la vérité, quand Paulus dit qu’un

  1. Biblischer Commentar, 1. Th., S. 95, 3te Auflage.
  2. L. c., S. 98 f. Hoffmann, S. 135.