Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/20

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


rain spirituel, ensuite de quoi le légat les bénit et leur garantit l’appui du Tout-Puissant. Malgré cette bénédiction apostolique, malgré la garantie de l’appui du Tout-Puissant, une effroyable disette décime Paris ; deux cent mille habitants renfermés dans les murs de cette ville souffraient les tortures de la faim. On mangea d’abord les animaux ; cette ressource épuisée, on pila des ardoises que l’on délaya dans l’eau. On fit plus : on déterra les os des morts, on les réduisit en poudre dont on fit une sorte de brouet. Une femme, riche de trente mille écus, fit saler par sa servante ses deux enfants, morts de faim, et mourut elle-même après avoir essayé de se sustenter avec cette horrible nourriture. Les crapauds, les couleuvres, les bêtes immondes, envahissaient les maisons désertes ou rampaient sur les cadavres dont les rues étaient remplies… Hélas ! Paris catholique expiait cruellement la Saint-Barthélemy ! Henri IV allait s’emparer de la ville, lorsque, pour la seconde fois, il dut lever le siège devant l’armée du duc de Parme, venu au secours des ligueurs, à la tête des soldats de Philippe II. Dans les provinces, la Ligue continue de batailler contre les protestants, les royalistes et les nationaux, toujours avec l’appui de l’étranger, pour la plus grande gloire de l’Église de Rome et au plus grand profit de l’Espagne. Le pape redouble d’anathèmes et envoie en France le nonce Landriano, chargé de deux monitoires fulminant l’excommunication contre Henri IV et le déclarant hérétique, relaps, persécuteur de l’Église, privé de tous ses royaumes et de tous ses domaines en ce monde, et éternellement damné dans l’autre ; le Béarnais rit dans sa barbe et enjoint à son parlement, siégeant à Tours, de riposter aux monitoires de Grégoire XIII en les déclarant nuls, abusifs, scandaleux et séditieux.

Les Seize avaient écrit, le 20 septembre de cette année, à Philippe II, par l’intermédiaire du jésuite Matthieu, surnommé le Courrier de la Ligue. Dans cette lettre, « — ils remerciaient le roi d’Espagne des secours qu’il envoyait aux bons catholiques, l’assurant que leurs souhaits et leurs vœux les plus ardents étaient de