Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/22

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sauf le clergé, toujours inexorable dans sa haine, ou quelques fougueux ligueurs, tous les partis aspiraient à la paix.

Le Béarnais et ses deux excellents conseillers, Duplessis-Mornay et Sully, trop habiles pour ne pas remarquer ces symptômes de lassitude des factions, en profitèrent habilement. Les brillantes qualités militaires du Béarnais, son extrême habileté politique, sa joyeuse humeur, son apparente bonhomie, et l’absence de tout autre prétendant national à la couronne, lui ralliaient alors la majorité des catholiques anciens ligueurs ; mais, à aucun prix, ils n’auraient consenti à reconnaître l’autorité d’un roi hérétique. Ils firent donc savoir au Béarnais que, s’il embrassait de nouveau, mais irrévocablement cette fois, la religion catholique, il aurait leur concours et régnerait sur la France. Le rusé Gascon, comptant toujours conserver l’appui des protestants en leur concédant le libre exercice de leur religion, et d’ailleurs aussi peu soucieux de la messe que du prêche, voyant enfin, après tout (c’est peut-être là son excuse), le moyen de mettre terme, par une momerie, aux maux de la guerre civile, qui depuis si longtemps désolaient le pays, consentit à cœur joie de redevenir catholique. Il mande près de lui l’archevêque de Bourges et d’autres prélats, afin, dit-il, d’être éclairé par eux sur les mystères de la foi… La lumière, on le devine, ne se fit point attendre ; quelques heures d’entretien avec ces princes de l’Église suffirent à l’instruction religieuse du Béarnais ; soudain illuminé, dit-il, par la grâce d’en haut, il promit d’abjurer solennellement l’hérésie. Le lendemain même de cette pieuse conférence à la suite de laquelle l’esprit saint l’avait illuminé, le joyeux compère écrivait à sa maîtresse Gabrielle d’Estrées :

« J’arrivai au soir de bonne heure, et fus importuné de Dieu gard jusqu’à mon coucher. Nous croyons que la trêve se conclut aujourd’hui. Pour moi, je suis, à l’endroit des ligueurs, de l’ordre de saint Thomas (qui croyait ce qu’il touchait). Je commence ce matin à parler aux évêques, outre ceux que je vous mandai hier.