Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/26

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Absolus dans les commandements qu’ils exerçaient en province, ils renouvelaient les horreurs de la féodalité, pressurant, torturant les gens des villes et des campagnes pour leur arracher leur dernier sou. Aussi, en 1594, le Poitou, la Saintonge, le Limousin, la Marche, le Périgord, l’Agénois, le Querci, se soulèvent en masse ; les paysans refusent de payer les tailles, les dîmes, les droits féodaux, se ruent à coups de fourche sur les gens de guerre, les gens du fisc et les seigneurs, qui croquaient le pauvre monde, — disait Jacques Bonhomme. Et ce cri de : Aux croquants ! aux croquants ! devient son cri de révolte ; puis, plus tard, cette appellation de croquant qu’il donnait à ses ennemis lui resta en signe de mépris. Henri IV ordonna sagement à plusieurs gouverneurs royaux d’employer la persuasion et de promettre la réforme des abus, afin de mettre terme à cette nouvelle Jacquerie. Dans d’autres provinces, les gouverneurs employèrent la force pour dissiper les réunions de croquants ; mais, dans ces luttes, les révoltés ne furent pas toujours vaincus, tant s’en faut, et l’on dut compter avec eux. En Guyenne, en Gascogne, des assemblées populaires de trente à quarante mille croquants se rassemblèrent dans la forêt d’Abzac, et, délibérant en armes, députèrent à Henri IV des envoyés chargés de lui représenter les excès des gens de guerre et des seigneurs ; le Béarnais promit d’aviser à leur requête. M. de Matignon, gouverneur de Guyenne, proposa aux plus fougueux d’entre les croquants, et ils acceptèrent, des enrôlements contre l’Espagne et contre les dernières bandes de ligueurs qui brigandaient encore en certaines provinces, et ces soulèvements s’apaisèrent.

La tentative d’assassinat dont il avait failli être victime éclaira Henri IV sur les desseins implacables du parti ultramontain. Le Saint-Père et le très-catholique Philippe II, inspirés par la compagnie de Jésus, avaient mis le poignard à la main de Jean Châtel. Aussi le Béarnais accomplit-il un acte politique, national et populaire en déclarant la guerre à l’Espagne, le 17 janvier 1595 ; et à la journée de