Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/35

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caressé par Sully, et en partie accepté par le Béarnais. Il s’agissait du complet remaniement de l’Europe et de l’établissement de la république chrétienne universelle, en opposition à la monarchie catholique universelle, rêve incessant de Philippe II, à laquelle devait succéder, dans la pensée secrète de la compagnie de Jésus, la domination théocratique absolue, spirituelle et temporelle, du Pape de Rome sur l’univers, but suprême de la doctrine d’Ignace de Loyola et des efforts incessants de ses disciples. La république chrétienne, telle que la concevait Sully, devait former une vaste fédération, composée de la France, à demi protestante, et, conséquemment, à demi républicaine ; de l’Angleterre, protestante et déjà presque républicanisée par l’omnipotence de sa chambre des Communes, dont la royauté n’est que l’instrument exécutif (ainsi que le voulait Étienne Marcel, en 1352) ; de la république des sept Provinces-Unies ; de la république des Cantons suisses ; de la république de Venise ; et de toutes les principautés protestantes de la confédération germanique. Chacun des États de la république chrétienne déléguerait des députés à un conseil européen investi du droit souverain de régler pacifiquement et par arbitrage tous les différends, tous les discords, tous les conflits de peuple à peuple, de prince à prince, qui, depuis que le monde est monde, ont soulevé tant de guerres désastreuses pour l’humanité. Sully espérait ainsi, sublime espoir ! fonder, assurer la paix perpétuelle entre les divers États de la république chrétienne et abattre la prépondérance catholique et monarchique de Rome, de l’Espagne et de l’empire des Césars, trinité funeste, depuis tant d’années, au repos, à la grandeur de la France et à la paix de l’Europe. Henri IV, à sa louange éternelle, fut frappé de l’élévation des projets de Sully, et sans en accepter immédiatement les rigoureuses conséquences, il résolut d’entreprendre ce qui, du moins, convenait à son activité politique et militaire, à savoir : la guerre contre l’Espagne et l’Empire, dès que la France aurait contracté une étroite alliance avec les États protestants de l’Europe. Aussi, de 1608 à 1610,