Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/39

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mier motif ou prétexte de la guerre), et fit déclarer à l’archiduc d’Autriche que, résolu de porter secours à ses amis et confédérés du duché de Clèves, il traverserait, de gré ou de force, les États autrichiens. Cette menace équivalait à une déclaration d’hostilités. Les troupes françaises devaient entrer en campagne à la fin de mai 1610 ; vers le milieu de ce mois, Henri IV céda aux obsessions de sa femme, Marie de Médicis, qui le conjurait de la faire sacrer avant qu’il partît pour l’armée. Cette reine, quoiqu’elle eût un fils du Béarnais (ce fils régna sous le nom de Louis XIII), craignait que son royal époux ne voulût demander le divorce, afin de se livrer sans contrainte à sa passion forcenée pour la princesse de Condé. Il semblait à Marie de Médicis que son sacre la sauvegarderait de ce divorce tant redouté. Elle n’était d’ailleurs guère plus fidèle au Béarnais que ne lui étaient fidèles ses nombreuses maîtresses ; il vivait en mauvaise intelligence avec elle et avait difficilement consenti à la nommer régente durant la guerre ; régence, du reste, dérisoire : le conseil souverain, choisi par le roi, se composant de quinze membres délibérant à la majorité des voix, l’influence de Marie de Médicis se réduisait à son vote personnel. Henri IV consentit enfin, presque malgré lui, au sacre de la reine, car, chose étrange, ce sacre éveillait en lui de sinistres et invincibles pressentiments.

« — Hé, mon ami ! — disait-il à Sully, — que ce sacre me déplaît ! Le cœur me dit qu’il m’arrivera quelque malheur ! — Puis, rêvant et battant de ses doigts sur l’étui de ses lunettes, il se relevait, d’assis qu’il était, et frappant sur ses cuisses : — Pardieu ! je mourrai dans cette ville et n’en sortirai jamais ! Ils me tueront ! ils n’ont d’autre remède en leur danger que ma mort ! — Ceci était à l’adresse de Rome, de l’Empire et de l’Espagne. Malgré les pressentiments du roi, la reine fut sacrée et couronnée à Saint-Denis, le jeudi 13 mai 1610. Le lendemain, 14, le roi, après dîner, voulut aller rendre visite à M. de Sully, malade et logé à l’Arsenal. Le roi était au fond d’un grand carrosse, dont tous les panneaux