Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/46

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rieux, tenu par le provincial de chaque province, où la compagnie de Jésus inscrit le nom de ceux-là, si obscurs qu’ils soient, qu’elle regarde comme les ennemis déclarés de l’Église de Rome, livre redoutable que chaque génération de jésuites transmet à celle qui lui succède, et où figure déjà le nom de notre aïeul Christian, le nom de mon père Odelin, mon nom à moi, sans doute, et celui de Rennepont, depuis que le neveu de frère Saint-Ernest-Martyr a, comme lui, embrassé le protestantisme, et que son fils, Louis Rennepont, est devenu notre parent. Vous le savez, malgré son obscurité, notre famille a mérité l’anathème d’Ignace de Loyola. Pourquoi ? Parce que notre légende plébéienne, commencée au temps de la conquête des Gaules et continuée de siècle en siècle, pouvait devenir (selon la note écrite de la main du fondateur des jésuites et transcrite par Christian), pouvait devenir, si elle était jamais imprimée, un livre dangereux, en cela qu’il inspirerait l’exécration des forfaits des papes et des rois. N’oubliez pas enfin que déjà nos annales nous ont été une fois dérobées par le jésuite Lefèvre, qui voulait les anéantir, par ordre de son maître ; et elles étaient détruites sans le dévouement de Joséphin le franc-taupin.

Veillez donc avec vigilance sur ce dépôt sacré, sur ce pieux legs de tant de générations éteintes. Il se compose aujourd’hui, 29 septembre 1610, des manuscrits et des reliques suivantes, dont mon fils Stephan sera le légataire :

La petite faucille d’or de Hêna, la vierge de l’île de Sèn ; — la clochette d’airain qui tinta au cou de l’un des taureaux de guerre de Joel, le brenn de la tribu de Karnak ; — le carcan de fer que portait au cou Sylvest, devenu esclave des Romains ; — la croix d’argent de Geneviève, qui vit supplicier Jésus de Nazareth ; — l’alouette du casque de Scanvoch-le-Soldat, frère de lait de Victoria-la-Grande ; — la garde du poignard de fer porté par Ronan-le-Vagre au temps de la conquête des Gaules par Clovis ; — la crosse abbatiale laissée par Amael, compagnon de guerre de Karl-Martel ;