Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/47

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les deux pièces de monnaie karolingiennes données à Vortigern par l’une des filles de Charlemagne ; — le fer de flèche retiré de la blessure de Gaëlo par Eidiol, doyen des nautoniers parisiens, lors du siège de Paris par les pirates normands ; — le crâne d’enfant d’Yvon le-Forestier ; — la coquille blanche arrachée de la robe de pèlerin de Neroweg VI, sire de Plouernel, par Fergan-le-Carrier, dans les déserts de la Syrie, au temps des croisades ; — les tenailles de fer qui ont servi à torturer Karvel-le-Parfait lors du massacre des Albigeois ; — le trépied de fer dont fut coiffé Guillaume Caillet, chef des Jacques, dont Mazurek-l’Aignelet épousa la fille ; — le couteau de boucher dont s’est servi un archer anglais pour façonner la croix de bois qui a été donnée à Jeanne Darc, au moment de son supplice, dont Mahiet-l’Avocat d’armes a été témoin ; — enfin, la bible de poche imprimée par Christian, et que sa fille Hêna tenait entre ses mains au moment d’être brûlée vive, en présence de François Ier et de sa cour.

Oh ! fils de Joel ! ces pieuses reliques de notre famille, je les vois à cette heure devant moi, rangées sur le couvercle du coffret contenant nos légendes, parchemins et papiers jaunis par le temps ; je les vois là, devant moi, ces pieuses reliques, en ce moment où j’écris ces lignes, dans ma petite chambre, située sous le comble de la métairie. J’affectionne ce réduit, parce que, de sa fenêtre, je découvre au loin l’Océan, s’enfonçant dans les profondeurs infinies de l’horizon, et plus près de la côte, les rochers de l’île de Sèn, battus par les brisants, tandis que, sur la grève, mon regard plonge à travers les longues avenues des gigantesques pierres de Karnak, toujours debout, et dont le granit a défié tant de siècles, pierres sacrées sur lesquelles se sont arrêtés les yeux de notre aïeul Joel et de sa famille, il y a seize cents ans et plus, de même qu’en ce moment mes yeux s’arrêtent encore sur elles.

Notre antique race gauloise s’est, ainsi que les pierres sacrées de Karnak, perpétuée à travers les âges ; elle a souffert les maux affreux