Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/52

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dévouement absolu, d’une obéissance passive, à ce point qu’ils devenaient les instruments des exactions, des vengeances de leurs patrons, et sous leurs ordres, guerroyaient contre les gouverneurs voisins, au besoin même contre la royauté. C’est dans ces conditions, si favorables à l’anarchie, déjà presque inévitable lors des minorités des princes, que Louis XIII, enfant (né le 27 septembre 1601), fut sacré à Reims, le 14 mai 1610, par le cardinal de Joyeuse.

Ainsi vont les choses dans les monarchies ! Un marmot de huit ans est gravement couronné roi ; sa mère règne en son nom, et souvent l’amant de la mère règne de fait, ainsi que régna quelque temps le Concini, favori de Marie de Médicis. Selon que l’avaient prévu Rome, l’Empire et l’Espagne, le vaste plan de Sully, touchant l’établissement de la république chrétienne, tendant à assurer la paix universelle, fut ruiné par l’assassinat de Henri IV. Son grand ministre tomba en disgrâce ; les préparatifs de guerre contre les puissances catholiques furent abandonnés. Marie de Médicis, prodiguant ses largesses aux princes de la famille royale et tolérant l’effroyable tyrannie des gouverneurs de provinces, parvint, par ces concessions, à retarder jusqu’en 1614 les troubles inséparables des minorités ; mais les hauteurs de son favori Concini, devenu marquis et maréchal d’Ancre, la cupidité insatiable de sa femme Galigaï, le mépris et l’aversion que Marie de Médicis inspirait à tous, en raison de ses débordements et des noirs desseins dont on la soupçonnait, à savoir : d’empoisonner son fils Louis XIII, afin de conserver après lui l’autorité royale, enfin et surtout, le poids exorbitant des impôts, firent de nouveau éclater la guerre civile. Plusieurs princes du sang se retirèrent dans leurs domaines ; les gouverneurs des provinces donnèrent les premiers le signal de la révolte. Les uns traitèrent avec l’étranger ; les autres se liguèrent contre la régente ; plusieurs ne songèrent qu’à agrandir, aux dépens des provinces voisines, le territoire de leurs gouvernements, qu’ils considéraient comme des apanages héréditaires. Après deux années de guerres civiles, auxquelles prennent