Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/114

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— Explique-toi…

— L’un des moines laboureurs, avant de se réunir à nous, habitait les bords de la Loire… Enlevé jeune, il y a de longues années, lors d’une descente des pirates en Touraine, il avait été emmené dans leur pays… Pendant qu’il y séjournait, il observa que ces hommes du Nord trouvaient une force immense dans des associations où chacun était solidaire de tous et tous de chacun… solidaires par la fraternité, par l’assistance, par les biens, par les armes, par la vie, s’il le fallait. Ces associations, que l’on croirait nées de la fraternité chrétienne, étaient pratiquées dans ces contrées plusieurs siècles avant la naissance de Jésus, et se nommaient des ghilde (H). Plus tard, lorsque ce captif des pirates, après leur avoir échappé, se joignit à nous autres, ermites laboureurs…

— Pourquoi t’interrompre ?

— Je ne peux t’en dire davantage… un serment m’oblige à me taire… ma confiance m’entraînerait trop loin…

— Soit, je dois respecter ton secret… Mais cette confiance que je t’inspire, je l’éprouve aussi pour toi… quoique étrangers l’un à l’autre… étrangers ? non… car tu connais comme moi-même l’histoire de ma famille… Mais, j’y songe… mon frère, tu me l’as dit, était au nombre de ces ermites laboureurs dont tu fais partie… Tu dois l’avoir intimement connu ; car lui seul a pu te donner sur les descendants de Joel ces détails, qu’il tenait sans doute de mon père… Tu te tais ? pourquoi me regarder ainsi ?… ton silence me trouble et m’émeut malgré moi… tes yeux se remplissent de larmes…

— Ronan… ton frère est né il y a trente ans… c’est mon âge…

— Que dis-tu !

— Ton frère s’appelle Loysik… c’est mon nom…

— Loysik ! ce frère ?…

— C’est moi…

— Joies du ciel !…