Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/192

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Meilleur je suis pour l’action que pour le conseil, en ce moment surtout, car la fureur me rend fou ! Pauvre et vaillante femme ! demain, brûlée !… Ah ! pourquoi faut-il que j’aie été séparé d’elle dans les gorges d’Allange durant ce combat, engagé par nos archers du haut des chênes, contre les gens du comte… Pauvre… pauvre femme ! je l’ai crue morte ou prisonnière… Notre déroute était complète, impossible à moi de m’assurer du sort de ma maîtresse, trop heureux de pouvoir, avec quelques-uns des nôtres, échappés au massacre, m’enfoncer au plus profond de la forêt, nous donnant rendez-vous dans les rochers du pic du Mont-Dore, un de nos anciens repaires… Enfin, nous nous sommes, au bout de quelques jours, retrouvés là une douzaine de notre bande, et bientôt nous t’avons vu arriver aussi, en compagnie de deux esclaves fuyards ; toi, mon vieux Vagre, perdu pour nous depuis plus de trois ans… Alors, tu nous a renseignés sur le sort de tes fils, de la petite esclave et de l’évêchesse… C’est étrange, ce que je ressens pour cette vaillante femme ! son souvenir ne me quitte pas… mon cœur se brise de chagrin en la sachant aux mains du comte et de l’évêque ; il n’est pas en Vagrerie de Vagre plus Vagre que moi pour la vie d’aventure, et pourtant je ne sais quel hasard nous jetterait, l’évêchesse et moi, dans un coin de terre ignoré, que là, je vivrais, je crois, près d’elle, dix ans, vingt ans, cent ans !… Tu me prends pour un fou, vieux Karadeuk ? ou mieux, pour un oison, car je deviens pleurard, et je m’hébête !… Au diable le chagrin ! il faut agir !…

— Oh ! mes fils ! mes fils !…

— S’il ne fallait pour les sauver, eux et l’évêchesse, que donner ma peau… pas celle-ci, la vraie, je la donnerais, foi de Vagre ! car, tu le sais, lorsque tu nous as conté ton projet, et que le personnage de l’ours a été proposé à un garçon de bon vouloir, je me suis offert, vous disant qu’autrefois, à Beziers, j’étais d’autant plus forcené pour les déguisements des kalendes, que les prêtres les défendaient (Z), et que dans ces saturnales je figurais surtout l’ours à s’y méprendre ; je