Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/278

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cigny à Tours, les voyageurs avec qui je cheminai eurent souvent à combattre contre des bandes armées ; je fus légèrement blessé dans l’une de ces attaques ; plusieurs de mes compagnons furent tués, d’autres, faits prisonniers, furent emmenés eux et leurs familles en esclavage ; moi, ainsi que bon nombre de mes compagnons, nous eûmes le bonheur d’arriver à Tours.

— Dans quel temps nous vivons ! Voyager en un pays ennemi ne serait pas plus dangereux !

— Ah ! Kervan… si vous voyiez les ravages de la conquête ! ravages toujours naissants ! partout des ruines anciennes et nouvelles ; nos anciennes chaussées si larges, si soigneusement entretenues avec leurs relais de poste et leurs auberges, partout abandonnées ne sont plus que décombres… les communications, jadis si faciles sur tous les points de la Gaule, sont maintenant interrompues ; les évêques, maîtres absolus dans leur diocèse, empirent encore s’ils le peuvent cet état de choses, voulant surtout isoler les populations entre elles afin de les dominer plus sûrement. Ici les routes sont coupées parce qu’elles passent sur le domaine d’un seigneur frank ou d’une abbaye ; ailleurs les ponts ont été détruits par quelque bande armée afin d’assurer sa retraite ; aussi étions-nous forcés à des détours incroyables pour arriver au terme de notre voyage ; souvent nous passions plusieurs nuits dans les champs ; parfois encore il nous fallait abattre les arbres voisins des rivières afin de construire des radeaux où nous nous aventurions, n’ayant que ce moyen de traverser les fleuves ; foi de Vagre, ce n’était pas autrement en Vagrerie.

— Pauvre pays ! pauvre Gaule !

— En arrivant à Tours, j’appris que le roi Clotaire rassemblait là des troupes pour marcher en personne contre son fils Chram qui, ravageant tout sur son passage, venait de traverser la Touraine, se dirigeant, disait-on, vers les frontières de la Bretagne. L’occasion me parut bonne pour achever ma route en sûreté ; je suivis les troupes royales, composées des leudes et des hommes de guerre que les sei-