Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 9.djvu/84

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— Voici qu’elle va tourner l’angle du rempart… et nous la perdrons de vue !

— Qu’elle entende du moins nos cris d’adieu… Noël à Jeanne-la-Pucelle !

— Noël à Jeanne ! Noël ! Noël !

— Elle vous entend… et nous fait de la main un signe d’adieu.

— Mère ! mère ! prends-moi dans tes bras… hausse-moi donc… que je la voie encore !

— Viens, mon enfant, regarde-la bien, ne l’oublie jamais ! Grâce à elle, les mères désolées ne pleureront plus sur leurs fils, sur leurs maris massacrés par les Anglais…

— Noël à Jeanne… Noël !…

— Elle a tourné l’angle des remparts… la voilà partie…

— Noël à Jeanne-la-Pucelle !… que le bon Dieu l’accompagne !

— Qu’elle nous délivre à jamais des Anglais… Noël ! Noël ! ! !


Écoutez, fils de Joel, écoutez cette légende de la plébéienne catholique et royaliste : Charles VII devait sa couronne à Jeanne Darc… il l’a honteusement reniée, lâchement délaissée. — Chaque jour elle s’agenouillait pieusement devant les prêtres catholiques… leurs évêques l’ont brûlée vive ! — La couardise de la chevalerie avait donné la Gaule aux Anglais ; le patriotisme de Jeanne, son génie militaire, triomphent enfin de l’étranger… elle est poursuivie, trahie, livrée par la haineuse envie des chevaliers. — Pauvre plébéienne ! — L’implacable jalousie des capitaines et des courtisans, l’ingratitude royale, la férocité cléricale, ont fait ton martyre ! — Sois bénie à travers les âges, ô vierge guerrière ! sainte fille de la mère-patrie ! — Écoutez, fils de Joel, écoutez cette légende, et jugez à l’œuvre : gens de cour, gens de guerre, gens d’église et royauté !