Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/180

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— Et pour toucher les nageoires de l’homme-poisson, — dit un sceptique endurci.

Craignant une invasion de curieux indiscrets, la Levrasse fit signe à deux gendarmes qui surveillaient la représentation, et, fort de leur appui, il dit au public :

— Je commence par mettre l’homme-poisson sous la protection de la force armée et de la loi… car il n’est aucunement annoncé dans mon affiche que l’on s’approcherait de l’homme-poisson, et encore bien moins que l’on porterait la main sur ses nageoires…

Et comme des rires ironiques accueillaient cette protestation, la Levrasse ajouta majestueusement :

— Cependant,… pour témoigner à l’honorable société que mon phénomène n’a rien à redouter du plus scrupuleux examen, du plus minutieux contrôle… j’accepte la proposition des honorables spectateurs, mais à une condition…

— Ah… ah… voyez-vous ? il y met une condition, — s’écrièrent les sceptiques.

— Oui, Messieurs, je mets une condition, — reprit la Levrasse… — mais une condition bien simple… c’est que quatre personnes au plus, et au choix de l’honorable société, pourront s’approcher de l’homme-poisson.

— Pourquoi seulement quatre personnes ? — s’écria-t-on.

La Levrasse baissa modestement les yeux et reprit :

— Messieurs, en sa qualité d’homme-poisson, mon phénomène existe naturellement dans l’eau sans l’ombre d’un vêtement,… mais cette habitude n’empêche pas l’homme-poisson d’être d’une pudeur… extraordinaire. Pudeur louable et qui l’honore… mais si ombrageuse,