Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/216

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Je ne pouvais alors me rendre compte de cette étrangeté ; mais, à cette heure, plus expérimenté, il me semble voir dans la manifestation de cette délicatesse soudaine, ainsi que dans l’amélioration de nos sentiments, due sans doute à la salutaire influence de la solitude et d’un travail attrayant, une preuve nouvelle que la corruption la plus incarnée ou la plus précoce n’est jamais incurable. Non ! non ! dans certains milieux donnés, elle cède à des aspirations involontaires vers le bien, vers le juste, vers le beau, moments divins où l’âme déchue tend à remonter vers la sphère dont elle est tombée ; moments précieux… mais, hélas ! fugitifs, où toute réhabilitation est encore possible.

Sur l’invitation de Bamboche, Basquine se mit d’abord à chanter, sans paroles, l’air de mon ami Vincent… mais elle le chanta sur une mesure lente et triste qui, dénaturant le caractère commun de ce flon-flon, lui donnait un accent singulièrement mélancolique.

Puis, ainsi qu’un oiseau s’élance vers le ciel après avoir quelque temps rasé la terre… Basquine, s’animant peu-à-peu, parvint, grâce à des transitions d’un art aussi instinctif que merveilleux, à fondre ce premier thème dans une improvisation ravissante de douceur et de mélancolie.

C’était quelque chose de naïf, de triste, de tendre, d’ineffable… d’ailé, si cela se peut dire, qu’un poète eût comparé peut-être au chant d’un petit séraphin, implorant de sa voix enfantine le pardon de quelque pécheur.

Cette comparaison me vint à la pensée, parce que Basquine avait commencé par chanter assise ; mais à