Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/292

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pression de gratitude, mêlée de respect, ne se changerait jamais en une tendre familiarité…

Je ne sais combien de temps eussent duré ces hésitations peu honorables pour moi, je l’avoue, sans une pensée étrange dont je fus soudain frappé.

Je n’avais jamais oublié ma rencontre avec cette charmante petite fille appelée Régina, que j’avais enlevée dans la forêt de Chantilly, enlèvement demeuré très-innocent d’ailleurs, malgré les mauvais conseils de Bamboche ; car mes témérités se bornèrent à un baiser pris sur le front pâle et glacé de cette malheureuse enfant que j’emportai évanouie dans mes bras jusqu’à l’instant où, effrayés par l’approche d’une ronde de gendarmes des chasses, Bamboche et moi, abandonnâmes nos deux captifs, le vicomte Scipion et Régina.

Entraîné par l’exemple des amours prématurées de Bamboche, qui avait sans doute éveillé en moi une sensibilité précoce… j’étais devenu tout d’abord et j’étais resté passionnément amoureux de Régina… dont le souvenir m’était toujours présent.

Mes amis d’abord s’étaient moqués de moi, et avaient fini par prendre mon amour très au sérieux. Souvent, au milieu de nos courses hasardeuses, nos entretiens n’avaient pas d’autre objet. Quant aux moyens de me rapprocher de Régina et de m’en faire aimer lorsque je serais grand, moyens maintes fois discutés entre nous, il faut renoncer à dire leur extravagance ou leur brutalité ; un seul pourtant était un peu moins insensé, un peu moins grossier que les autres : quand nous aurions l’âge, nous devions nous engager, moi et Bamboche, comme soldats, Basquine comme vivandière. (Nous ne pouvions pas