Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/309

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que par suite de son amour pour cet autre, elle était devenue insensée.

» Sans doute cette déception est pour quelque chose dans la profonde mélancolie dont Claude Gérard est évidemment rongé, malgré son apparente sérénité.

» Je vous ai dit l’influence de Claude Gérard sur la plèbe ; il faut maintenant que je vous édifie sur son influence sur des gens d’un ordre plus relevé, ce qui me conduira naturellement à vous expliquer ensuite comment et pourquoi je crains qu’il ne me débauche cet excellent Bouchetout.

» Vous le savez : pendant très-long-temps, les riches propriétaires du pays ont lutté contre la fondation d’une école primaire dans cette commune. Ils avaient raison, ils comprenaient tout le danger qu’il y avait à éclairer les populations : c’était donner à celles-ci les moyens de se compter, de s’entendre, de se concerter, et surtout de s’animer, de s’exalter à la lecture des livres et des journaux exécrables qui s’impriment aujourd’hui. Selon moi, selon ces sages et prudents propriétaires, l’éducation du peuple devait se borner à l’enseignement oral du catéchisme par le curé, — rien de plus [1].

  1. M. Lorrain, dans son excellent ouvrage officiel que nous avons déjà cité, déplorant certaine résistance systématique et intelligente aux développements de l’éducation populaire, s’exprime ainsi :

    « … Mais c’est souvent parmi les hommes franchement dévoués au gouvernement, que l’on entend des objections contre la loi, — tantôt ils les puisent dans l’intérêt de l’agriculture : — Quand tous les enfants du village sauront lire et écrire, où trouverons-nous des bras ? — Nous avons besoin de vignerons et non pas de lecteurs — dit un propriétaire du