Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/360

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Cette opération terminée, je m’assis sur un banc, et cédant à la fatigue, je ne tardai pas à m’endormir d’un sommeil fiévreux, troublé par des rêves bizarres, incohérents ; dans l’un de ces songes, ayant sans doute l’imagination frappée de ce que m’avait dit Claude Gérard au sujet des personnes plongées dans une profonde léthargie et enterrées toutes vivantes, il me sembla voir la mère de Régina sortir de son cercueil, belle, brillante, parée ; puis me regardant avec une ineffable douceur, elle me faisait signe de la suivre.

Au milieu de ce rêve, je fus éveillé en sursaut par Claude Gérard qui me secouait le bras ; j’ouvris les yeux ; sa blouse était couverte de neige… il tenait d’une main une lanterne, de l’autre une houe. Sa figure était d’une grande pâleur, ses traits me parurent bouleversées…

— Le misérable s’est échappé, — me dit-il, en déposant sa lanterne sur la table. — Ton coup l’aura seulement étourdi.

— Qui cela ? — lui dis-je avec stupeur.

— Le cul-de-jatte.

— Il n’est pas mort ! — m’écriai-je.

— En te quittant, — me dit Claude Gérard, — je suis allé chez le maire, il a pris deux hommes avec lui, et nous sommes arrivés au cimetière… Nous avons vu en effet la fosse ouverte, et auprès du cyprès la neige rougie de sang… Étourdi sans doute et blessé grièvement, au bout de quelque temps, ce bandit aura été rappelé à lui par la rigueur du froid ; nous avons tâché de suivre la trace de ses pas empreinte sur la neige. Il nous a été facile de voir qu’ils étaient traînants, mal assurés… Cette trace nous a conduits hors du cimetière, dans une