Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/444

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— C’est bien… Monsieur, — lui dis-je.

Et je ne réponds que de ce que je garde, — dit l’homme en s’en allant, sans que, malheureusement pour moi, je m’expliquasse ces paroles.

Le lit se composait d’une paillasse posée sur trois planches élevées de six pouces au-dessus du sol par de petits tréteaux ; une couverture de laine trouée et de draps noirs de fange et de saleté recouvraient celle paillasse.

Les murs, sans papier, suintaient l’humidité ; le sol était seulement battu et salpêtré.

Je jetai un regard sur les autres habitants de cette chambre, j’eus presque peur en voyant que la plupart d’entre eux avaient les yeux grands ouverts ; mais ces gens, restant immobiles, me regardaient fixement sans échanger une parole ; ce silence, ces regards attachés sur moi me troublaient étrangement ; la plupart de mes compagnons de chambrée me parurent avoir des figures suspectes ; il y avait aussi là, couchées, trois femmes, dont deux assez jeunes, mais de figures hâves, flétries, d’une expression repoussante.

Mon cœur se soulevait de dégoût, mais je me sentais brisé de fatigue, je mis sous mon chevet mon petit paquet, où se trouvait le précieux portefeuille dérobé par moi à la tombe de la mère de Régina, puis je plaçai mon habit sur mon lit, afin d’avoir plus chaud, car je tremblais de tous mes membres.

Pendant long-temps je cherchai en vain le sommeil, et avec le sommeil l’oubli momentané de ma position ; je n’éprouvais qu’une sorte de somnolence fiévreuse, agi-