Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/55

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» — Léonidas… — me dit mon père en me serrant la main au moment où je le quittai pour aller prendre place sur les banquettes réservées aux lycéens, — Léonidas… tu n’auras pas peur ?

» — Pas plus peur que Léonidas aux Thermopyles, mon père… — répondis-je fièrement.

» Et j’enjambai la banquette.

» Mon père n’avait pas compris l’allusion, mais ma physionomie l’avait rassuré.

» Le premier prix d’honneur fut décerné à un nommé Adrien Borel, du collège Charlemagne. Je suis certain que je l’aurais obtenu, ce premier prix, sans la préoccupation où m’avait jeté la fatale promesse faite à mon père ; le second prix d’honneur me fut décerné, et, après la formule d’usage, la voix fatale acclama :

» — Léonidas Requin !

» Et la musique joua la marche de Fernand Cortez pour mon défilé.

» Un sourd murmure de curiosité accueillit mon nom ; les grandes nouvelles se communiquent toujours avec une rapidité électrique : on savait déjà (comment le savait-on ?) que le fameux élève de la pension Raymond qui, cédant à une modestie exagérée, s’était jusqu’alors dérobé à des triomphes si flatteurs, se laisserait enfin publiquement couronner.

» Au premier appel de mon nom, accompagné de fanfares retentissantes, un nuage passa devant mes yeux, j’eus d’affreux bourdonnements dans les oreilles, mais je me dis : Mon père me regarde, courage…

» Sur ce, je me levai et marchai courageusement à gauche… c’était à droite qu’il fallait aller… Une