Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/86

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es puni ? — lui dis-je, — en l’étreignant avec une joie indicible ?

— Oh ! c’est touchant, oh ! c’est navrant, oh ! c’est attendrissant, hi, hi, hi, — fit la Levrasse, en grimaçant, et en feignant de pleurer d’une manière grotesque, tandis que l’homme-poisson, sincèrement ému, voyant qu’on n’avait plus besoin de lui, s’en allait relire, disait-il, le fameux traité de Amicitia (de l’Amitié).

Si j’insiste sur ces preuves réciproques de dévoûment puéril que Bamboche et moi nous échangeâmes durant notre enfance, c’est qu’elles posent les bases de cette affection qui, plus tard, malgré les conditions les plus diverses, les croyances morales les plus opposées, ne fut jamais ébranlée, et nous commanda mutuellement les plus grands sacrifices, toujours accomplis avec une religieuse satisfaction.

Lorsque, seul avec Bamboche, je l’envisageai attentivement, je fus effrayé de la sombre altération de ses traits : il était encore plus pâle qu’à l’ordinaire, il avait dû horriblement souffrir.

— On t’a donc fait bien du mal ? — lui dis-je.

— Oh ! oui… reprit-il avec un sourire sinistre et une expression de joie sauvage, — oh ! oui… bien du mal ! Dieu merci !

— Dieu merci ?

— Oui, j’aurai un jour tant de mal à faire à la Levrasse…

— Il te faisait donc beaucoup souffrir ?

— Il me faisait voir mon grand-père, — répondit Bamboche en riant d’un rire farouche.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?