Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/92

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bourg qui, par besoin, pussent consentir à vendre leurs cheveux.

Quelques-unes d’elles pourtant paraissaient insoucieuses ou résignées : celle-ci, assise sur une table, chantonnait entre ses dents, battant une mesure monotone avec ses sabots qu’elle heurtait l’un contre l’autre ; celle-là mordait avidement dans un morceau de pain dur et noir.

La porte s’ouvrit, la Levrasse parut ; il portait son costume mi-parti masculin et féminin : pantalon rougeâtre, jupon d’un vert foncé, casaquin juste en gros velours de coton noir, chevelure retroussée à la chinoise. À sa vue, toutes les femmes se levèrent avec cette déférence humble et intéressée que le vendeur dans le besoin témoigne toujours à l’acheteur.

Mon bourgeois avait à la fois l’air sardonique et guilleret ; il fit un salut grotesque en jetant un regard circulaire sur ses pratiques.

— Salut à la compagnie, — dit-il de sa voix grêle ; — le marché me paraît assez fourni… Ah ça ! mes poulettes, dépêchons-nous, je suis pressé : vite, vite, à bas les coiffes ! et déployons les chignons… Mais il faut que les chevelures soient diablement belles pour que je les achète, je vous en avertis, car on m’en offre de tous côtés presque pour rien, vu que le pain est cher…

À ces mots, une grande anxiété se peignit sur tous les visages.

La Levrasse, m’apercevant, me dit :

— Petit Martin, tu as un bras de bon ; aide-moi à approcher ce banc le plus près possible de la fenêtre ; je