Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/81

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Et dire que ma vie est cependant déserte,
           Que mon bonheur peut aujourd’hui
Passer tout près de moi dans la foule entr’ouverte
           Qui se refermera sur lui,

Et que déjà peut-être elle m’est apparue,
           Et j’ai dit : « La jolie enfant ! »
Peut-être suivons-nous toujours la même rue,
           Elle derrière et moi devant.

Nous pourrons nous croiser en un point de l’espace,
           Sans nous sourire, bien longtemps,
Puisqu’on n’oserait dire à la vierge qui passe :
           « Vous êtes celle que j’attends. »

Un jour, mais je sais trop ce que l’épreuve en coûte,
           J’ai cru la voir sur mon chemin,
Et j’ai dit : « C’est bien vous. » Je me trompais sans doute,
           Car elle a retiré sa main.

Depuis lors, je me tais ; mon âme solitaire
           Confie au Dieu qui sait unir
Par les souffles du ciel les plantes sur la terre
           Notre union dans l’avenir,