Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1878-1879, 1886.djvu/124

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Joint à la terre, et joint à l’eau le feu s’atteste.
Or, les vrais éléments n’engendrent l’Univers
Que par un fond occulte et des moyens couverts,
Pour que nul, n’élevant une hostile puissance,
Ne rompe dans les corps leur unité d’essence.
     Ces sages font venir du céleste foyer
Le feu, qui doit en air se changer le premier ;
Puis l’onde sort de l’air, et la terre de l’onde ;
À l’inverse renaît de la terre le monde,
L’eau, puis l’air, puis le feu, par un flux éternel
Des astres à la terre et de la terre au ciel,
Sans que leur changement réciproque s’arrête.
Mais il ne se peut pas que l’élément s’y prête :
Pour sauver, en effet, le monde du néant,
Il faut bien qu’un principe invariable y dure,
Car la mutation qui franchit la nature,
C’est la mort de l’objet qui fut auparavant.
Or, puisque les objets énoncés tout à l’heure
Se viennent tous entre eux convertir, il faut bien
Que le fond, qui n’y peut se transformer, demeure.
Sans quoi tout l’Univers se résoudrait à rien.
Que n’admettons-nous donc des corps de cette espèce,
Qui, les mêmes toujours, ayant créé le feu,
Dès que leur nombre augmente ou diminue un peu,
Font l’air, en variant leur ordre et leur vitesse,
Et d’objets en objets transforment tout sans cesse ?
     Mais tout, me diras-tu (le fait aux yeux est clair),
Puise au sol, croît et monte aux régions de l’air.
Si la pluie aux saisons favorables n’abonde
Pour distiller la nue aux feuillages mouvants,