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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

quelques partis qui semèrent l’épouvante dans les provinces anglaises. L’un deux, commandé par le chevalier Boucher de Niverville, s’avança, au printemps de 1746, jusque dans le voisinage de Boston, et après avoir ravagé le pays se retira avec ses prisonniers. Le même officier fit la même campagne en 1747, et fut aussi heureux que la première fois. Mais la prise de Louisbourg avait frappé les imaginations. La guerre, enfin, se montrait favorable aux Anglais et ceux-ci se préparaient à envahir le Canada, par le lac Champlain et par le Saint-Laurent. Un corps de six cents Canadiens, sous M. de Ramesay, alla réveiller les Acadiens qui ne savaient plus s’il fallait tenir ouvertement pour la France ou rester neutres et attendre le résultat de la lutte en se confiant à la grâce de Dieu. Plusieurs, voyant que leurs compatriotes du cap Breton venaient d’être enlevés et bannis par les vainqueurs, voulurent s’en aller au Canada et demandèrent d’y former des paroisses à côté des enfants de cette colonie. Ce projet commença à s’exécuter en 1748, lorsque, à la suite de la paix conclue à Aix-la-Chapelle, les Anglais insistèrent de nouveau pour que les Acadiens prêtassent le serment d’allégeance. La guerre qui venait de finir ne laissait plus d’espoir aux colonies. Il était visible que la France les abandonnait à elles-mêmes et que de son côté l’Angleterre visait à s’en emparer. Dans ce but, Halifax fut fondé (1749) et les Acadiens mis en demeure de se soumettre corps et âmes ou de s’expatrier. On les vit se répandre dans les îles du golfe, et jusque parmi nous. Les cinq ou six années qui s’écoulèrent ensuite ne firent qu’accentuer cette situation. De toute manière, nous étions entrés, Acadiens et Canadiens, dans la phase douloureuse de la conquête par les armes.

Cependant, le cap Breton était redevenu français. On cherchait à le coloniser. Cette tentative rendait les Anglais plus défiants que jamais. Une commission, nommée pour définir les frontières entre les possessions des deux couronnes, siégea longuement, et, au lieu de rassurer les esprits, eut l’effet de faire envisager la paix comme une simple suspension d’armes. L’année 1749, les Anglais amenèrent deux mille cinq cents de leurs compatriotes en Acadie. La race française dans cette province comptait alors treize mille âmes ; elle était de mille dans chacune des provinces appelées Nouveau-Brunswick, île Saint-Jean, Cap Breton. Depuis la Nouvelle-Orléans jusqu’à Louisbourg les cœurs se serraient, parce qu’on voyait venir le moment suprême où tout se réunirait contre nous : la mollesse de la France et le patriotisme de l’Angleterre. Ah ! qu’ils étaient loin ces jours où les Canadiens pouvaient compter sur le prestige du drapeau français et sur la politique d’un ministre entreprenant ou d’un roi courageux ! Jamais peuple destiné à subir le joug de l’étranger ne comprit mieux avant la lutte, la triste situation qui lui était faite, et pourtant, a-t-il faibli ? Non ! il a porté le premier coup, ou pour mieux dire, sachant que ce coup était dans l’air, il est allé au devant !

Lorsque le colonel Washington laissa tirer ses miliciens sur Villiers de Jumonville, au fort de la Nécessité (1754) et qu’il ouvrit de la sorte cette guerre dite de Sept Ans qui devait nous grandir dans l’histoire, tout en nous arrachant nos drapeaux, il croyait disputer sur une simple interprétation des actes officiels relatifs aux frontières du Canada. C’est donc de l’Ohio que partit le mouvement, ou si l’on veut l’incendie qui embrasa l’Europe et l’Amérique.