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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

Un éclair fauve au fond de ses regards perçants,
En voyant défiler ces étranges passants,
Embusqué dans les bois ou campé sur les grèves,
Songe aux esprits géants qu’il a vus dans ses rêves.
Pour la première fois il tresaille, il a peur…
Il va sortir pourtant de ce calme trompeur ;
Il bondira, poussant au loin son cri de guerre,
Défendra pied à pied son sol vierge naguère,
Et féroce, sanglant, tomahawh à la main,
Aux pas civilisés barrera le chemin !

N’importe ! sur la vague, au fond des gorges sombres,
Par les gués, sous les bois, jusque sur les décombres
Des villages surpris, combattant corps à corps,
Avec la solitude et le ciel pour décors,
Mêlant, prêtre ou soldat qu’un même but attire,
Les lauriers de la gloire aux palmes du martyre,
Le bataillon est là, toujours ardent et fier !
Et jaloux aujourd’hui des promesses d’hier,
Il ne veut s’arrêter dans sa lutte immortelle
Qu’au jour où le drapeau de la France nouvelle.
Flottera libre et calme, étalant dans ses plis
Le légitime orgueil des saints devoirs remplis…
Avec des dévouements qui tiennent du prodige,
Ils ne comptent jamais les obstacles ; que dis-je ?
Ils semblent en chercher qu’ils ne rencontrent pas.
En vain d’affreux périls naissent-ils sous leurs pas,
Vainement autour d’eux chaque élément conspire.
Ces enfants du sillon fonderont un empire !


Ces vers de Louis Fréchette rendent harmonieusement les impressions de tous les lecteurs de notre histoire. Bancroft, Parkman et nombre d’autres écrivains étrangers ont exprimé à plusieurs reprises, leur admiration pour les auteurs de tant de glorieux exploits. Ils ne peuvent s’empêcher de faire un rapprochement entre cette race vigoureuse et entreprenante et les colons de la Virginie, de New-York, du Massachusetts, du Connecticut et du Maine. Ceux-ci, plus nombreux, plus riches, occupaient, entre la mer et les montagnes, une étroite lisière de terrain. Un siècle s’était écoulé et ils n’avaient pas encore songé à se retourner dans le lit qui les gênait. Bien plus, ces voyageurs canadiens qui rôdaient à leurs portes et que l’amitié des tribus sauvages rendait parfois redoutables, inquiétaient les colons anglais. Les héros des batailles et des découvertes du centre Amérique étaient devenus légendaires de leur vivant.