Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/47

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aussi doucement que je pourrais environ à six pieds de distance de ma chaîne. La seconde chose qu’il me demanda fut un de ces piliers creux de fer, par lesquels il entendait mes pistolets de poche : je les lui présentai, et, par son ordre, je lui en expliquai l’usage comme je pus ; et, ne les chargeant que de poudre, j’avertis l’empereur de n’être point effrayé, et puis je les tirai en l’air. L’étonnement, à cette occasion, fut plus grand qu’à la vue de mon sabre ; ils tombèrent tous à la renverse comme s’ils eussent été frappés du tonnerre ; et même l’empereur, qui était très-brave, ne put revenir à lui-même qu’après quelque temps. Je lui remis mes deux pistolets de la même manière que mon sabre, avec mes sacs de plomb et de poudre, l’avertissant de ne pas approcher le sac de poudre du feu, s’il ne voulait voir son palais impérial sauter en l’air : ce qui le surprit beaucoup. Je lui remis aussi ma montre, qu’il fut fort curieux de voir, et il commanda à deux de ses gardes les plus grands de la porter sur leurs épaules, suspendue à un grand bâton, comme les charretiers des brasseurs portent un baril de bière en Angleterre. Il était étonné du bruit continuel qu’elle faisait, et du mouvement de l’aiguille qui marquait les minutes ; il pouvait aisément le suivre des yeux,