Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 11, 1904.djvu/276

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L’ÉCOLE


qui ont fait toutes leurs classes ; à ce régime, sous la discipline du latin et des mathématiques, les adolescents ont acquis l’habitude des idées nettes et suivies, le goût du raisonnement serré, l’art de faire une phrase et un paragraphe, l’aptitude aux offices quotidiens de la vie mondaine et civile, notamment la faculté de soutenir une discussion et de bien tourner une lettre, souvent même le talent de bien rédiger un rapport et de composer un mémoire. Avec cet acquis, avec quelque notion sommaire de la physique, et quelques notions plus écourtées encore de géographie et d’histoire, un jeune homme a toute la culture générale et préalable, toute l’information requise pour prétendre à l’une des carrières dites libérales. À lui d’en choisir une : il sera ce qu’il voudra ou ce qu’il pourra, professeur, ingénieur, médecin, architecte, homme de loi, administrateur, fonctionnaire. En chacune de ces qualités, il rend au public un service important, il exerce un art relevé ; qu’il y soit expert et habile, cela importe à la société. Mais cela seul importe à la société ; elle n’a pas besoin de rencontrer en lui, par surcroît, un érudit et un philosophe. Qu’il soit compétent et digne de confiance dans son art limité, qu’il sache faire une classe ou un cours, construire un pont, un bastion, un édifice, soigner une maladie, pratiquer une amputation, rédiger un contrat, conduire une procédure, plaider une cause, juger un litige ; que l’État, pour la plus grande commodité du public, prépare, constate et certifie cette capacité spéciale, qu’il la vérifie par un examen et la déclare par un