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LE RÉGIME MODERNE


agisse à part et hors cadre ; il entend bien l’utiliser, la diriger à son profit. Avec une habileté et une ténacité incomparables, il a déjà mis la main sur une autre force qui est du même ordre, mais plus ancienne ; de la même façon, avec autant d’art, il met aussi la main sur la nouvelle.

En effet, à côté de l’autorité religieuse, fondée sur la révélation divine et qui appartient au clergé, il y a maintenant une autorité laïque, fondée sur la raison humaine et qui est exercée par les savants, les érudits, les lettrés, les philosophes. Eux aussi, à leur manière, ils sont un clergé, puisqu’ils font des dogmes et enseignent une foi ; seulement, leur disposition préparatoire et dominante n’est pas la docilité d’esprit et la confiance, mais la défiance et le besoin d’examen critique. Presque toutes les sources de croyance leur sont suspectes. Au fond, parmi les divers moyens de connaître, ils n’en admettent que deux, les plus directs, les plus simples, les mieux éprouvés, et encore à condition de les vérifier l’un par l’autre, le premier ayant pour type le raisonnement par lequel nous démontrons que deux et deux font quatre, le second ayant pour type l’expérience par laquelle nous constatons que la chaleur au-dessus de tel degré fond la glace et que le froid au-dessous de tel degré gèle l’eau. Ce procédé est le seul probant ; les autres, de moins en moins sûrs à mesure qu’ils s’en écartent davantage, n’ont qu’une valeur secondaire provisoire, contestable, la valeur qu’il leur confère après vérification et contrôle. — Servons-nous donc de celui-ci