Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 11, 1904.djvu/296

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L’ÉCOLE


compartiments de la classe, « analyse des sensations et des idées, morale, science sociale et législation, économie politique » ; dans l’arbre de la science, il retranche cette grosse branche distincte avec ses quatre rameaux distincts ; ce qu’il en garde ou tolère, il l’écourte et le transporte pour le greffer ou le plaquer sur une autre branche, sur la troisième classe, celle des érudits et des antiquaires. Ceux-ci pourront bien s’occuper des sciences politiques et morales, mais seulement « dans leur rapport avec l’histoire », surtout avec d’histoire très ancienne. De conclusions générales, de théories applicables, par leur généralité, aux événements récents et à la situation présente, il n’en faut pas ; même à l’état abstrait et dans le style froid de la dissertation spéculative, elles sont interdites. Là-dessus, le Premier Consul, à propos des « Dernières vues de politique et de finances » publiées par M. Necker, a posé sa règle précise et son parti pris comminatoire : « Concevez-vous, dit-il à Rœderer, un homme qui, depuis que je suis à la tête de l’État, propose trois sortes de gouvernement à la France ? Jamais la fille de M. Necker ne rentrera à Paris » ; elle y serait un centre distinct d’opinions politiques, et il n’en faut qu’un, à savoir le Premier Consul en son Conseil d’État. Encore ce Conseil lui-même n’est qu’à demi compétent et tout au plus consultatif : « Vous ne savez pas, vous autres, ce que c’est que le gouvernement[1], vous n’en avez pas l’idée ;

  1. Rœderer, III, 548. — Ib., III, 332 (2 août 1800).